Café littéraire: « Autour de Camilleri »

Café littéraire: « Autour de Camilleri »

P1080752-001P1080756-001C'est devenu une habitude depuis l'année dernière: une fois par mois le Café littéraire du comité d'italien se réunit pour échanger, discuter, confronter des points de vue autour d'un écrivain italien. Nous avons la chance d'avoir noué un partenariat avec la Médiathèque de Saint-Médard, que nous remercions de nous accueillir dans ses locaux.
Cette année nous avons proposé : "Acciao" de Silvia Avallone, "Canale Mussolini" de Antonio Pennacchi, "A ciascuno il suo" de Leonardo Sciascia, "Io non ho paura" de Nicolo' Ammaniti . Un café philo a été consacré à Lanza del Vasto, et un café litteraire et philo a été dedié à Umberto Eco pour "Il nome della rosa".
Le 9 avril dernier a eu lieu l'avant-dernier Café littéraire de la saison, consacré à Camilleri, le très célèbre créateur du commissaire Montalbano. Une sélection de titres était proposée, à lire en italien ou en français (mais nous accueillons aussi avec plaisir les personnes qui n'ont pas lu le ou les ouvrages proposés, et qui viennent par curiosité. Et c'est toujours une grande satisfaction de voir une  personne repartir avec un livre!).

Nous avions proposé à la lecture:  "La forma dell'acqua" (1994), le premier roman où apparaît Montalbano ( « Le commissaire était de Catane, il s'appelait Salvo Montalbano, et c'était un que, quand il voulait comprendre une chose, il la comprenait. ») ainsi que   "La voce del violino",  "La gita a Tindari" et   "Il giro di boa"
Gisèle, notre présidente, passionnée de littérature et élève modèle, bien que n'appréciant que modérément les romans policiers, avait lu les quatre livres! La diversité des réactions a rendu ce Café particulièrement vivant: qui a  apprécié l'évocation de la Sicile à travers ses paysages, ses personnages hauts en couleurs, sans oublier bien sûr la cuisine siciliennne qui revigore le commissaire lors de ses enquêtes les plus difficiles; qui, ayant vu la série télévisée tirée des romans, souhaitait en retrouver les personnages et les ambiances; qui a apprécié de trouver, derrière la trame policière, les aventures d'un groupe d'hommes, que l'on a plaisir à retrouver de livre en livre.

J'avais en quelque sorte "invité" à notre Café, sous la forme d'une interview qu'il m'avait gentiment accordée, notre ami Beppe di Gregorio, l'un des fondateurs de l'excellent site "Vigata"

http://www.vigata.org/,

site dédié à Camilleri, et où l'on peut trouver un glossaire des termes mi-siciliens, mi-inventés qui font la saveur du texte de Camilleri,. Voilà comment Beppe explique le succès du personnage:

"Montalbano prima di essere un Commissario è un uomo, con le sue virtù e debolezze. Non è superman, è un personaggio vero, con una sua storia, con le sue abitudini e vizi. Ma è anche una persona che persegue un ideale di giustizia, che certe volte non coincide necessariamente con ciò che prescrive la Legge. Montalbano allora supera qualche limite …"

"Montalbano è un personaggio in continua evoluzione: non è come l’ispettore Maigret, ad esempio, il cui personaggio si muove sempre nello stesso tempo e spazio come se vivesse in una specie di mondo cristallizzato.  Montalbano invecchia. "

"La serialità è una delle componenti del successo ma non solo. Le trame, le ambientazioni, il carattere del Commissario, i personaggi che evolvono nel tempo, … e poi c’è il centro del mondo: Vigata. Vigata che sta a Macondo, come Camilleri sta a Gabriel García Márquez, se mi posso permettere. "

Interrogé sur la langue si particulière de Camilleri, Beppe précise:

"L’idioma che Camilleri utilizza in modo “intensivo” nei suoi romanzi (siano gialli o storici è la stessa cosa) non è il dialetto siciliano di Vigata.

E’ una lingua inventata. Camilleri sperimenta.

E’ una lingua che ovviamente prende molto dal siciliano, ma non è siciliano. Camilleri ci dice che quando scrive, il test più importante per capire se ciò che ha scritto “funziona” è quando legge ad alta voce. La scrittura deve “cantare”, deve avere un suono armonioso e cristallino … se non canta, Camilleri riscrive e per far ciò ha necessità di inventarsi parole e idiomi. "

Et justement, la langue de Camilleri… Quand on le lit, on imagine la difficulté de le traduire dans une autre langue. Et c'est bien ce qu'ont ressenti certaines lectrices, qui l'ont lu en traduction. Le résultat est très decevant, le traducteur ayant fait des choix que nous n'avons pas trouvés très heureux: il utilise sans beaucoup de discernement le "parler marseillais", emploie une langue parfois vulgaire qui n'est pas celle de Camilleri,essaie de rendre à tout prix les inventions verbales de Camilleri, alors que le français n'a pas la même souplesse que l'italien, ce qui nuit à la fluidité et au plaisir de la lecture, rend le texte rebutant, et décourage même certains lecteurs…

Une dernière remarque: les italianistes ne doivent pas se contenter des gialli; Camilleri a écrit aussi d'excellents courts romans, connus comme ses "romans historiques", qui ont aussi pour décor la ville imaginaire de Vigata. Ce sont de petits chefs d'oeuvre, souvent très drôles: "Un filo di fume", "Il birraio di Preston", "La regina di Pomerania", "La concessione del telefono" etc…

Ce même jour, à 20h30,  la Médiathèque de Saint Médard avait organisé une "soirée polar", invitant les lecteurs à venir présenter un coup de coeur: le Café littéraire italien était représenté par Gisèle, qui a parlé des "Perfezioni provisorie" de Giancarlo Carofiglio, et moi, qui ai présenté "Il metodo del coccodrillo" de l'écrivain napolitain Maurizio de Giovanni, qui sont tous deux traduits en français.

Le prochain Café aura lieu le 7 mai 2015, et proposera, dans le cadre des commémorations de la Libération, le livre de Primo Lévi "Se questo è un uomo", remarquable et douloureuse évocation de son internement à Auschwitz. Un livre toujours d'actualité,  une étude sans concession de la noirceur dont est capable la nature humaine…

 

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