{"id":620,"date":"2010-06-25T16:28:05","date_gmt":"2010-06-25T15:28:05","guid":{"rendered":"http:\/\/italiejumelage.saintmedardasso.fr\/?p=620"},"modified":"2010-10-19T16:50:55","modified_gmt":"2010-10-19T15:50:55","slug":"les-saints-de-glace","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/italiejumelage.saintmedardasso.fr\/?p=620","title":{"rendered":"Les saints de glace"},"content":{"rendered":"<p>LES SAINTS DE GLACE<\/p>\n<p>RELATION D\u2019UN VOYAGE EN BOURGOGNE<\/p>\n<p>I<\/p>\n<p>\tOriginaire du Sud Est de la France, je n\u2019avais gu\u00e8re l\u2019habitude d\u2019entendre parler des saints de glace, Mamert, Pancrace, Servais f\u00eat\u00e9s en Aquitaine les 11, 12, 13 mai, accompagn\u00e9s d\u2019un quatri\u00e8me mousquetaire, Urbain, honor\u00e9, lui, le 25 du m\u00eame mois. Malfaisants, ces saints, car ils p\u00e9trifient les bourgeons d\u00e9j\u00e0 en partie ouverts sous les premi\u00e8res caresses du soleil. J\u2019entends et je vois d\u00e9j\u00e0 les catholiques hurler au sacril\u00e8ge. Malsonnante, l\u2019\u00e9pith\u00e8te appliqu\u00e9e \u00e0 ces repr\u00e9sentants de l\u2019hagiographie ! Pourtant, quand la date fatidique de leur f\u00eate approche sur le calendrier, la nature risque coups de froid, rhume, bronchite, pneumonie et m\u00eame tuberculose.<br \/>\n\tCette ann\u00e9e, ils ont pes\u00e9 de leur pr\u00e9sence pendant plusieurs mois. \u00c0 croire qu\u2019ils \u00e9taient davantage en odeur de saintet\u00e9 que leurs autres coll\u00e8gues du calendrier ! Toujours est-il qu\u2019ils s\u00e9vissaient encore le vendredi 18 juin 2010, jour fix\u00e9 pour le d\u00e9part d\u2019un circuit vers les \u00e9glises romanes bourguignonnes. Dans ma valisette que j\u2019aurais volontiers log\u00e9e \u00e0 bord de l\u2019avion si je n\u2019y avais nich\u00e9 les bouteilles d\u2019eau destin\u00e9es \u00e0 arroser le pique-nique et le casse-cro\u00fbte lui-m\u00eame, dans un \u00e9clair de lucidit\u00e9, en derni\u00e8re minute, j\u2019ai enfourn\u00e9 un collant, un pull et une moelleuse \u00e9charpe. Depuis belle lurette en Gironde, je marchais mollets d\u00e9nud\u00e9s et je me moquais par avance de ces pr\u00e9cautions de vieille dame soucieuse de sa petite sant\u00e9.<br \/>\n\tBien que l\u2019avion ne d\u00e9coll\u00e2t qu\u2019aux alentours de 9 heures, le rendez-vous pour le vol vers Lyon d\u2019o\u00f9 nous entamions notre p\u00e8lerinage avait \u00e9t\u00e9 fix\u00e9 \u00e0 7 heures 30. Prudence est m\u00e8re de s\u00fbret\u00e9, reconna\u00eet le proverbe et Jocelyne, avec sa grande pratique de l\u2019organisation sait que rassembler 40 personnes \u00e0 l\u2019heure d\u00e9sir\u00e9e tient du miracle. Je me r\u00e9jouissais de participer \u00e0 un groupe. Ainsi n\u2019aurais-je pas \u00e0 lamentablement pianoter sur une borne \u00e9lectronique les num\u00e9ros mal identifi\u00e9s d\u2019un billet \u00e9lectronique. \u00c0 l\u2019a\u00e9roport de Bordeaux M\u00e9rignac fonctionne un guichet pr\u00e9pos\u00e9 aux groupes. En deux temps, trois mouvements, en \u00e9change de la carte d\u2019identit\u00e9, l\u2019employ\u00e9e vous remet la carte d\u2019embarquement.<br \/>\n\tSagement, apr\u00e8s avoir enregistr\u00e9 mon l\u00e9ger bagage &#8211; je deviens raisonnable au fil des ans et ma garde-robe s\u2019all\u00e8ge en voyage &#8211; je m\u2019assois avec mes compagnons. Aux membres du comit\u00e9 de jumelage Italie de Saint-M\u00e9dard-en-Jalles se sont joints de studieux \u00e9l\u00e8ves d\u2019Anne, historienne de l\u2019art. Elle enchante aussi des amis \u00e0 la section d\u2019histoire de l\u2019art du comit\u00e9 de jumelage. Je ne suis pas ses cours car, comme tout retrait\u00e9 qui se respecte, je suis tr\u00e8s occup\u00e9e. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e \u00e0 effectuer des choix drastiques. J\u2019ai pench\u00e9 pour l\u2019italien et la canzonetta et je me suis r\u00e9sign\u00e9e \u00e0 \u00eatre presque inculte en mati\u00e8re de peinture et d\u2019architecture.<br \/>\n\tUne passag\u00e8re manque. Je la connais. Nous avons enseign\u00e9 dans le m\u00eame coll\u00e8ge pendant de longues et s\u00e9rieuses ann\u00e9es. Andr\u00e9, le mari de Jocelyne, m\u2019envoie v\u00e9rifier dans les coins et recoins de l\u2019a\u00e9roport si elle n\u2019est pas perdue corps et biens. Cela m\u2019\u00e9tonnerait car elle est habitu\u00e9e \u00e0 prendre souvent son envol. Sa fille a exerc\u00e9 pendant moult ann\u00e9es le m\u00e9tier d\u2019h\u00f4tesse de l\u2019air au profit de la perfide Albion. Cependant, je m\u2019ex\u00e9cute et reviens bredouille comme je le supposais par avance.<br \/>\n\tPour la plus grande joie de Jocelyne, notre brebis \u00e9gar\u00e9e nous rejoint. Le groupe est donc au complet, pr\u00eat \u00e0 fonctionner et \u00e0 lire durant le court trajet le topo que la consciencieuse Anne a pr\u00e9par\u00e9 pour chacun. Je me r\u00e9jouis de devenir moins ignare. Jusqu\u2019ici, en effet, peu attir\u00e9e par l\u2019art roman, je ne me suis gu\u00e8re inform\u00e9e dans ce domaine. Branchez-moi sur Fra Angelico, sur Botticelli, sur Michel Ange, ma langue se d\u00e9liera, mais sur l\u2019art de ces p\u00e9riodes obscures, de ce Moyen \u00c2ge a priori r\u00e9barbatif, je reste s\u00e8che. Et ce ph\u00e9nom\u00e8ne-l\u00e0 se r\u00e9v\u00e8le terrible pour une inv\u00e9t\u00e9r\u00e9e bavarde.<br \/>\n\tPour le trajet, comme toujours, je me suis munie d\u2019un bouquin. Rien \u00e0 voir avec le sujet de notre s\u00e9jour. Les Racines du Ciel de Romain Gary traitent du massacre des \u00e9l\u00e9phants en Afrique. Ce pav\u00e9 m\u2019accompagne car il est le plus petit des bouquins parmi ceux dans lesquels je plonge en ce moment. J\u2019aime \u00e9crire autant que lire et mille pages ne m\u2019effraient pas, bien au contraire. Avant d\u2019ouvrir le roman, j\u2019\u00e9tudie le topo distribu\u00e9 par Anne. Entre deux bouch\u00e9es d\u2019une viennoiserie offerte par l\u2019h\u00f4tesse &#8211; au moins l\u00e0 on ne nous a pas bourr\u00e9s avec de sempiternels cookies &#8211; j\u2019interroge ma voisine de devant. A priori, elle participe au cours d\u2019histoire de l\u2019art et doit donc \u00eatre incollable sur les notions d\u2019\u00e9brasement et de l\u00e9s\u00e8ne qui me laissent coite. Distraitement, elle me parle d\u2019ouverture, de pan coup\u00e9. Concernant les l\u00e9s\u00e8nes figure un semblant d\u2019explication sur le pense-b\u00eate dispatch\u00e9 par Anne dans le hall de l\u2019a\u00e9roport. L\u00e9s\u00e8ne ou bande lombarde. Tant que de visu, je ne me serai pas fait mon opinion, je me noie dans le flou. Que vient faire la Lombardie en pays burgonde ? L\u2019art des Italiens aurait-il influenc\u00e9 notre bonne Gaule avant m\u00eame les guerres d\u2019Italie et la Renaissance ? Pourquoi nos amis de la botte nous devan\u00e7aient-ils autant ? La civilisation romaine si belliqueuse contenait-elle tout un courant artistique en germe ? Perch\u00e8 no ? La destination du voyage pr\u00e9vu par la section d\u2019histoire de l\u2019art \u00e9pouserait-elle plus qu\u2019il n\u2019aurait paru de prime abord les objectifs du comit\u00e9 Italie ? En y regardant de plus pr\u00e8s, il semblerait que oui.<br \/>\n\tMes r\u00e9flexions sont arr\u00eat\u00e9es par la voix du commandant qui annonce notre descente sur Lyon. En fait, l\u2019a\u00e9roport de la grande capitale des Gaules ressemble plus \u00e0 l\u2019op\u00e9ra de Sydney tant sa structure \u00e9blouit par son aspect futuriste qu\u2019au terrain d\u2019aviation de Lugdunum consacr\u00e9 \u00e0 un enfant du pays, Saint-Exup\u00e9ry. Quelques probl\u00e8mes dans cet espace. Le fauteuil roulant de Christine ne peut franchir les barri\u00e8res qui, on ne sait pourquoi, limitent certains couloirs. Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne, les bras vigoureux de nos messieurs ont vite fait de braver l\u2019obstacle. \u00c0 vrai dire si nous avions \u00e9t\u00e9 plus observateurs, nous aurions aper\u00e7u des ascenseurs pr\u00e9vus \u00e0 cet effet et nous aurions \u00e9vit\u00e9 tout ce chambardement. Mais, loin d\u2019assombrir le groupe, cet \u00e9pisode mouvement\u00e9 le rend encore plus guilleret.<br \/>\n\tNous rejoignons le bus en nous emmitouflant du mieux que nous pouvons dans nos pelures. Jean-Fran\u00e7ois, le chauffeur, un bourguignon bon teint, comme une plume apporte Christine \u00e0 son si\u00e8ge. Le ciel menace de s\u2019effondrer en cataractes. Venir trouver de l\u2019eau au pays du vin, quelle d\u00e9veine ! \u00c0 l\u2019heure du pique-nique, sur l\u2019autoroute, les \u00e9l\u00e9ments s\u2019apaisent. Le soleil rudoie ses adversaires et gagne du terrain. En compagnie de Michel, d\u2019Henri et de Jo\u00eblle, pr\u00e8s d\u2019un odorant ch\u00e8vrefeuille, je d\u00e9guste la tarte aux courgettes, la pizzara, sp\u00e9cialit\u00e9 de Sospel que j\u2019ai concoct\u00e9e la veille. Elle change des conventionnels sandwiches bourratifs. Quelques abricots au dessert et mon estomac est cal\u00e9. Ainsi mes circonvolutions c\u00e9r\u00e9brales suivront-elles avec moins de peine le la\u00efus d\u2019Anne et consorts.<\/p>\n<p>II<\/p>\n<p>\t                                                   Aujourd\u2019hui, vendredi 18 juin, an de gr\u00e2ce 2010,<\/p>\n<p>Ma ch\u00e8re Guigone,<\/p>\n<p>\tUne horde de visiteurs a rompu le silence de notre basilique, Paray-le-Monial, l\u2019une des plus anciennes de Bourgogne. Le comte Lambert de Chalon n\u2019imaginait pas quand, en 973, il a fond\u00e9 un clo\u00eetre sur ce site que, des si\u00e8cles plus tard, des curieux de la r\u00e9gion rivale, celle des vins de Bordeaux, d\u00e9ambuleraient sur le parvis, nez au vent. Presque tous tiennent dans les mains une esp\u00e8ce de bo\u00eete avec laquelle ils se contorsionnent devant le monument. Plus pr\u00e8s, plus loin. Pourquoi pas plut\u00f4t dessiner ou peindre, ce serait tellement plus original ? O tempora ! O mores ! disaient nos bons vieux Romains et en particulier Cic\u00e9ron . Acceptons et transformons l\u2019adage latin en \u00ab Autres temps, autres m\u0153urs \u00bb.<br \/>\n\tAnne, une jeune lettr\u00e9e qui les accompagne insiste sur le r\u00f4le de l\u2019abbaye de Cluny dans la construction de tous les monuments r\u00e9gionaux. De fait, le clo\u00eetre des d\u00e9buts est devenu l\u2019un des nombreux prieur\u00e9s clunisiens. Elle en a recueilli des biens, la grande abbaye ! Ici la construction du X\u00e8me si\u00e8cle a c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 un b\u00e2timent plus ambitieux d\u00e9marr\u00e9 avant le d\u00e9but du XII\u00e8me.<br \/>\n\tLa curiosit\u00e9 de Gis\u00e8le, une v\u00e9n\u00e9rable dame aux cheveux blancs, participante du groupe, commence \u00e0 \u00eatre satisfaite. Elle diff\u00e9rencie d\u00e9sormais une ouverture avec \u00e9brasement, c\u2019est-\u00e0-dire une baie perc\u00e9e en ligne biaise de mani\u00e8re \u00e0 donner plus de jour ou plus de jeu \u00e0 des battants, d\u2019une fen\u00eatre qui n\u2019en comporte pas.<br \/>\n\tLe guide local, un monsieur portant une sorte de chiffon autour du cou  &#8211; j\u2019ai cru entendre circuler le mot de cravate &#8211; et appuy\u00e9 sur une canne &#8211; il claudique \u00e9l\u00e9gamment &#8211; entame avec la jeune \u00e9rudite une discussion serr\u00e9e. Il soutient le caract\u00e8re original de certains vitraux de la chapelle priv\u00e9e. Anne, dont c\u2019est la sp\u00e9cialit\u00e9, reconna\u00eet en eux une copie. Le chauvinisme du pauvre homme en prend un sacr\u00e9 coup. Il fait contre mauvaise fortune bon c\u0153ur mais, mine de rien, entra\u00eene le groupe vers la sortie. Tant pis si les voyageurs se mouillent &#8211; un l\u00e9ger crachin commence \u00e0 tomber, ces m\u00e9cr\u00e9ants auront ce qu\u2019ils m\u00e9ritent. D\u2019ailleurs, des femmes ont escamot\u00e9 dans leur besace un bout de tissu qu\u2019elles ouvrent au-dessus de leur t\u00eate. Gis\u00e8le profite de celui de Jo\u00eblle, une autre luronne, car elle a oubli\u00e9 dans son bagage cet objet portatif qui sert d\u2019abri contre la pluie. Ing\u00e9nieuse, tout de m\u00eame, cette invention humaine ! Nos capes, nos mantes imbib\u00e9es d\u2019eau, elles, gardent longtemps l\u2019humidit\u00e9.<br \/>\n\tCes personnes me donnent l\u2019impression de mal comprendre l\u2019\u00e9poque qui pourtant les int\u00e9resse et qu\u2019on leur a longuement pr\u00e9sent\u00e9e. Certes, elles admirent le clocher octogonal accompagn\u00e9 de deux tours, le portail d\u00e9cor\u00e9 d\u2019une grande vari\u00e9t\u00e9 de motifs caract\u00e9ristiques de l\u2019art roman. Elles sont impressionn\u00e9es par l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et le d\u00e9pouillement de l\u2019ext\u00e9rieur qui rappellent la puissance de l\u2019architecture germanique des X\u00e8me et XI\u00e8me si\u00e8cles. Mais vibrent-elles \u00e0 l\u2019\u00e9lan de spiritualit\u00e9 qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 leur construction ? Point n\u2019est besoin d\u2019\u00eatre catholique ou d\u2019appartenir \u00e0 une religion quelconque. Les b\u00e2tisseurs de cath\u00e9drales se sentaient reli\u00e9s. \u00c0 travers les si\u00e8cles \u00e9merge ce message. Pas de pros\u00e9lytisme chez moi, simplement j\u2019accorde \u00e0 la partie sup\u00e9rieure de mon \u00eatre la place qu\u2019elle m\u00e9rite. Les visiteurs, je le sais, ressentent la beaut\u00e9 des lieux, mais c\u2019est une beaut\u00e9 habit\u00e9e. Par qui ? Si les mots n\u2019effraient pas, par Dieu. On peut lui substituer la Nature ou le Sacr\u00e9 C\u0153ur, d\u00e9votion au c\u0153ur de J\u00e9sus-Christ, nom dont on a baptis\u00e9 l\u2019\u00e9difice.<br \/>\n\tUn \u00e9crin de roses blanches parfait le d\u00e9cor. Une chanson larmoyante dans quelques si\u00e8cles liera les roses blanches \u00e0 la mort d\u2019une m\u00e8re . Pour moi, ici, elles p\u00e9rennisent la candeur, la puret\u00e9 de ces hommes consacr\u00e9s \u00e0 la vie monastique dont les plains-chants r\u00e9sonnent encore jusqu\u2019aux grandes arcades \u00e0 arc bris\u00e9 de la nef et emplissent les trois  chapelles rayonnantes du chevet.<br \/>\n\tR\u00e9ponds-moi d\u00e8s que possible, ma ch\u00e8re Guigone. Que ma missive te parvienne gr\u00e2ce au pigeon dress\u00e9 \u00e0 cet effet. Entre ses ailes hardies, glisse aussi ton message qui, je l\u2019esp\u00e8re, m\u2019assurera de ta bonne sant\u00e9 et de ton amiti\u00e9.<br \/>\n                                                                      Ta fid\u00e8le Ermentrude<\/p>\n<p>                                                                                                   Le 30 Juin 2010<\/p>\n<p>Ma douce Ermentrude,<\/p>\n<p>\tJ\u2019aurais bien aim\u00e9, moi aussi, \u00eatre \u00e9veill\u00e9e de mon long sommeil par des hommes n\u00e9s aux temps modernes. Peut-\u00eatre un jour recevras-tu des visiteurs de la Terre Promise, puisque Paray-le-Monial est jumel\u00e9 avec Bethl\u00e9em. Rappel de deux naissances : origine du christianisme et origine de l\u2019art roman. Notre Bourgogne, terre des moines, des b\u00e9n\u00e9dictins d\u00e9pendant de Cluny, a su accueillir les artistes, les intellectuels. Ses collines verdoyantes r\u00e9v\u00e8lent notre richesse. Tant\u00f4t de gras troupeaux de blondes vaches s\u2019y complaisent, tant\u00f4t des vignes rigoureusement plant\u00e9es d\u00e9ploient leurs harmonies dor\u00e9es. Le regard des plus grands sculpteurs ne pouvait qu\u2019\u00eatre attir\u00e9 par les ceps, les pampres, les grappes. Traducteurs de la Nature, ils en ont reproduit le d\u00e9cor sur les chapiteaux des \u00e9glises.<br \/>\n\tGis\u00e8le que tu as mentionn\u00e9e dans ta missive s\u2019\u00e9tonnait de l\u2019influence lombarde chez nous. La na\u00efvet\u00e9 les \u00e9touffe, ces gens du XXI\u00e8me si\u00e8cle. Le Moyen \u00c2ge ne brillait pas par son obscurit\u00e9. Les artistes se d\u00e9pla\u00e7aient. La curiosit\u00e9 a toujours caract\u00e9ris\u00e9 les intellectuels f\u00e9rus de beaut\u00e9. Je confesserai mon mauvais esprit, mais je ne puis m\u2019emp\u00eacher de critiquer les b\u00e2timents du XXI\u00e8me si\u00e8cle. Les mat\u00e9riaux utilis\u00e9s ne traverseront pas les \u00e2ges et la structure des b\u00e2tisses tient plus du clapier que de logements destin\u00e9s aux \u00eatres  humains. M\u00eame les insulae  romaines \u00e9taient mieux con\u00e7ues.<br \/>\n\tTu ne m\u2019\u00e9cris pas si les visiteurs girondins se sont extasi\u00e9s sur la hauteur des vo\u00fbtes. Vingt deux m\u00e8tres, la plus haute vo\u00fbte d\u2019\u00e9poque romane apr\u00e8s celle de Cluny. Se sont-ils \u00e9tonn\u00e9s de la peinture dans le ch\u0153ur ? La mandorle n\u2019en est pas une puisqu\u2019elle n\u2019a pas la forme d\u2019une amande. Cependant le Christ nous y b\u00e9nit de la main droite ; sa main gauche est pos\u00e9e sur une sph\u00e8re crucif\u00e8re.<br \/>\n\tLa repr\u00e9sentation sur les vitraux des fian\u00e7ailles de la Vierge les a sans doute surpris. Voit-on cette sc\u00e8ne ailleurs ? Je ne le crois pas. Le choix de Joseph par Marie s\u2019explique. Elle devait \u00e9pouser un homme muni d\u2019un b\u00e2ton. Or celui de Joseph a fleuri. Existait-il de meilleur augure ?<br \/>\n\tSe sont-ils faufil\u00e9s derri\u00e8re le ch\u0153ur, dans le d\u00e9ambulatoire ou plut\u00f4t dans le promenoir des anges ? C\u2019est une appellation si po\u00e9tique pour d\u00e9signer le couloir qui \u00e9vite de d\u00e9ranger l\u2019office quand on se rend dans les chapelles.<br \/>\n\tLeur a-t-on expliqu\u00e9 pourquoi le corbeau est l\u2019embl\u00e8me de saint Beno\u00eet ? Tu sais comme moi qu\u2019il a ordonn\u00e9 \u00e0 un corbeau noir d\u2019apporter du pain empoisonn\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 personne ne le trouverait. Cet aliment funeste lui avait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 par un cur\u00e9 jaloux. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 rassur\u00e9 sur sa vie, le corbeau partit, resta absent trois jours et revint aupr\u00e8s de Beno\u00eet. Cependant, bien que les oiseaux soient tr\u00e8s pris\u00e9s sur les lieux, des grilles ont \u00e9t\u00e9 pos\u00e9es aux fen\u00eatres des tours. Les fientes des pigeons risqueraient d\u2019ab\u00eemer le monument. Certes, ils provoquent des nuisances, mais le monde moderne ne d\u00e9grade-t-il pas encore davantage les \u0153uvres de Dieu et celles des hommes ?<br \/>\n\tNotre fid\u00e8le messager, je l\u2019esp\u00e8re, t\u2019atteindra bient\u00f4t, t\u2019apportera de mes bonnes nouvelles. Continue \u00e0 m\u2019informer sur le p\u00e9riple des Girondins puisque tu vas les suivre en esprit.<br \/>\n\tEn attendant de te lire, je t\u2019embrasse, \u00f4 ma douce.<\/p>\n<p>\t                                      Ton amie Guigone<\/p>\n<p>III<\/p>\n<p>                                                                                              Le 4 juillet 2010<\/p>\n<p>Ma tendre Guigone,<\/p>\n<p>\tOui, notre infatigable oiseau a rempli sa mission. J\u2019ai appris  que V\u00e9zelay attendait les touristes apr\u00e8s une halte \u00e0 Saint-Philibert-de-Tournus. \u00c9voquons d\u2019abord le haut lieu de p\u00e8lerinage consacr\u00e9 \u00e0 Marie-Madeleine. \u00c9tait-elle si peu fr\u00e9quentable l\u2019escort girl biblique ou la l\u00e9gende l\u2019a-t-elle aur\u00e9ol\u00e9e d\u2019une mauvaise r\u00e9putation ? Gis\u00e8le a lu L\u2019\u00e9vangile de Marie o\u00f9 au grand dam de l\u2019ap\u00f4tre Pierre, la courtisane appara\u00eet comme la disciple favorite du Christ, celle dont l\u2019ouverture de conscience est la plus d\u00e9velopp\u00e9e et \u00e0 qui le Ma\u00eetre fait le plus volontiers part de son enseignement le plus subtil. Si nous avions divulgu\u00e9 ce secret quelques si\u00e8cles plus t\u00f4t nous aurions \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9es en place publique ! Notre m\u00e8re l\u2019\u00e9glise ne plaisantait pas sur les croyances. Seuls, les \u00c9vangiles canoniques \u00e9taient accept\u00e9s et ce dogme est maintenu.<br \/>\n\tUne aimable religieuse de l\u2019ordre de la fraternit\u00e9 de J\u00e9rusalem a port\u00e9 la bonne parole aux Saint-M\u00e9dardais. La communaut\u00e9 a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e par Pierre-Marie Delfieux \u00e0 Saint-Gervais dans le quartier du Marais \u00e0 Paris. Ces moniales s\u2019adonnent au pros\u00e9lytisme et cherchent \u00e0 \u00e9vang\u00e9liser les villes. Elles sont v\u00eatues un peu comme le seront les s\u0153urs de saint Vincent de Paul au XVIII\u00e8me si\u00e8cle. La religieuse, d\u2019une voix suave, a mentionn\u00e9 les textes hagiographiques. L\u00e9g\u00e8rement moqueuse, elle a soulign\u00e9 l\u2019arriv\u00e9e miraculeuse des reliques de Lazare, Marthe, Marie-Madeleine depuis la Palestine. Tous trois ont christianis\u00e9 la Provence. Marthe est rest\u00e9e. Rappelle-toi l\u2019\u00e9pisode de la Tarasque . Le ressuscit\u00e9 et la p\u00e8cheresse sont parvenus chez nous. Tu sais comme moi combien la possession de reliques est importante pour une \u00e9glise et la prosp\u00e9rit\u00e9 d\u2019un lieu. Autun et Avallon se sont empar\u00e9s des restes de Lazare, la crypte de V\u00e9zelay rec\u00e8le ceux de Marie-Madeleine.<br \/>\n\tLa petite \u00e9glise d\u2019origine n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la sainte mais \u00e0 Pierre et Paul. Girart de Roussillon a b\u00e2ti deux monast\u00e8res, un pour chaque sexe, l\u2019un pr\u00e8s de Ch\u00e2tillon sur Seine pour les hommes, l\u2019autre \u00e0 V\u00e9zelay pour des moniales. Des ma\u00eetresses femmes, les religieuses. Elles ont r\u00e9sist\u00e9 quinze ans aux invasions normandes. L\u2019\u00e9glise est agrandie et Girart \u00e9galement seigneur de Provence, ram\u00e8ne les reliques de Marie-Madeleine. La repentie, apr\u00e8s avoir \u00e9vang\u00e9lis\u00e9 la Provence y serait morte. Elle aurait \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9e dans une balme, une grotte connue d\u00e9sormais sous le nom de Sainte-Baume. Girart fait transf\u00e9rer les restes en Bourgogne. \u00c0 partir de l\u00e0, V\u00e9zelay figure l\u2019un des points de d\u00e9part pour Compostelle. Tu te souviens \u00e0 quel point le village \u00e9tait peupl\u00e9. Il a compt\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 12.000 habitants. M\u00eame si Bernard de Clairvaux n\u2019\u00e9tait pas d\u2019accord sur l\u2019\u00e9talage de richesses pr\u00e9sent\u00e9 par les lieux, en pr\u00e9sence du roi Louis VII et d\u2019Ali\u00e9nor d\u2019Aquitaine, il y a pr\u00each\u00e9 la deuxi\u00e8me croisade \u00e0 la demande du pape Eug\u00e8ne III. Quelle puissance de conviction ! Un tr\u00e8s bon argument : il promettait l\u2019absolution des p\u00e9ch\u00e9s. Les soixante dix salles souterraines creus\u00e9es sous les maisons ont \u00e0 peine suffi \u00e0 loger tous les futurs crois\u00e9s et l\u2019on a manqu\u00e9 du tissu n\u00e9cessaire \u00e0 la confection des croix.<br \/>\n\tSublime, cette basilique ! Les constructeurs ma\u00eetrisaient admirablement leur propos. Nihil novi sub sole, s\u2019exclamait Salomon 2500 avant J.C. Eh bien, les b\u00e2tisseurs ont r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 l\u2019architecture romaine civile, autrement dit les basiliques. \u00c0 la Sorbonne existait un doctorat es pierres. Ensuite pendant quinze \u00e0 vingt ans, les compagnons parcouraient les chemins et faisaient leurs exp\u00e9riences. Leur foi les inspirait tant qu\u2019ils avaient pr\u00e9vu qu\u2019au solstice d\u2019\u00e9t\u00e9 la lumi\u00e8re \u00e9clairerait la t\u00eate de Jean-Baptiste. Le ch\u0153ur a \u00e9t\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9cal\u00e9. \u00c0 P\u00e2ques, il s\u2019illumine au maximum. La chance a tout de m\u00eame souri aux Girondins. Pas le matin, car \u00e0 peine avaient-ils quitt\u00e9 Chalon sur Sa\u00f4ne que, de la menace les nuages sont pass\u00e9s \u00e0 l\u2019attaque. Une froide pluie drue les a poursuivis. Apr\u00e8s le d\u00e9jeuner dans une hostellerie qui r\u00e9pondait au nom de \u00ab La dent creuse \u00bb \u00bb et la visite du mus\u00e9e de l\u2019\u0152uvre, le soleil a daign\u00e9 leur sourire et leur indiquer le chemin de lumi\u00e8re dans l\u2019abbatiale. \tL\u2019aubergiste a jou\u00e9 sur le double sens du mot. Il y a un si\u00e8cle, le propri\u00e9taire d\u2019une grange sur laquelle \u00e9tait construite une grande maison, \u00e0 l\u2019emplacement du restaurant actuel, avait eu du mal \u00e0 manier son \u00e2ne attel\u00e9 d\u2019une carriole apr\u00e8s une soir\u00e9e bien arros\u00e9e. Pour h\u00e2ter la man\u0153uvre il n\u2019eut rien de plus press\u00e9 que de supprimer le pilier de sout\u00e8nement. Dans la nuit, la maison s\u2019\u00e9croula. Or, tu t\u2019en souviens, l\u2019expression \u00ab dent creuse \u00bb est aussi un terme en architecture. Il sert \u00e0 d\u00e9signer une maison manquant dans l\u2019alignement. Bien s\u00fbr, je ne t\u2019apprendrai rien en ajoutant qu\u2019il signifie aussi que la faim tenaille. En tous cas, apr\u00e8s la contemplation de l\u2019abbaye, comme de notre temps, la foi s\u2019emparera peut-\u00eatre de certains visiteurs. D\u2019un air entendu, la religieuse n\u2019a-t-elle pas affirm\u00e9 \u00ab un touriste est un p\u00e8lerin qui s\u2019ignore \u00bb. Avec un saint Bernard et un saint Fran\u00e7ois d\u2019Assise, la conversion des 800.000 personnes qui passent \u00e0 V\u00e9zelay chaque ann\u00e9e serait assur\u00e9e.<br \/>\n\tSouviens-toi de la t\u00eate de Bernard de Clairvaux, quand il a d\u00e9couvert le Christ en gloire, sur le grand tympan. Il s\u2019est indign\u00e9 de la pr\u00e9sentation trop concr\u00e8te de la naissance de J\u00e9sus. Une sage-femme assiste la m\u00e8re. Bernard n\u2019a pas voulu admettre que cette sc\u00e8ne signifiait \u00e0 quel point J\u00e9sus participait de l\u2019humanit\u00e9. Qu\u2019en penses-tu, ma Guigone ? Crois-tu comme Bernard que la beaut\u00e9 d\u00e9tourne de Dieu ? Moi au contraire je suis persuad\u00e9e qu\u2019elle ram\u00e8ne l\u2019homme \u00e0 lui. Les plus admirables cr\u00e9ations, \u00e0 mon avis, sont inspir\u00e9es par Dieu.<br \/>\n\tTe rappelles-tu l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 du sculpteur sur le portail central ? Certes, la posture ram\u00e8ne au Christ en croix, mais de ses mains ouvertes partent des rayons vers les ap\u00f4tres. La Trinit\u00e9 est ici sous entendue. Je me suis toujours \u00e9tonn\u00e9e de la repr\u00e9sentation du zodiaque sur les voussures. Ici sont aussi inclus les mois de l\u2019ann\u00e9e. Je comprends mieux maintenant. L\u2019homme est au centre d\u2019un syst\u00e8me voulu par notre Cr\u00e9ateur. Il va vers la mort, nous allons vers la mort. Pr\u00e9parons donc notre salut.<br \/>\n\tLes visiteurs, comme nous, se sont amus\u00e9s \u00e0 la vue des cynoc\u00e9phales, ces peuples \u00e0 t\u00eates de chien cens\u00e9s habiter aux Indes, des Panoties &#8211; eux, ils \u00e9taient tout oreilles. Le monde entier sera \u00e9vang\u00e9lis\u00e9. Pas d\u2019exception, m\u00eame pour les \u00eatres les plus biscornus. Cependant, malgr\u00e9 sa beaut\u00e9, l\u2019\u00e9glise a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite \u00e0 la r\u00e9volution. Les rebelles ont douloureusement associ\u00e9 le clerg\u00e9, les aristocrates et leur mis\u00e8re. Les pierres du b\u00e2timent ont servi \u00e0 la construction du village. C\u2019est ainsi que l\u2019on proc\u00e8de sous toutes les latitudes. Seulement, un certain M\u00e9rim\u00e9e, \u00e9crivain \u00e0 ses heures et inspecteur des monuments historiques d\u00e9sire assurer la survie de l\u2019\u00e9difice car il est \u00e9mu par sa beaut\u00e9 d\u00e9faillante. Il confie \u00e0 un architecte, son ami Viollet-le-Duc, la r\u00e9fection de l\u2019\u00e9glise. On n\u2019a pas toujours appr\u00e9ci\u00e9 le travail de ce dernier. Il a trop essay\u00e9 de refaire \u00ab \u00e0 la mani\u00e8re de \u00bb. En tous cas, il a sauv\u00e9 de nombreux fleurons de notre patrimoine. Moult artistes ne s\u2019y trompent pas. Ils ont attir\u00e9s par V\u00e9zelay au point d\u2019acheter des maisons. Romain Rolland et Jules Roy y ont s\u00e9journ\u00e9. Picasso, Le Corbusier s\u2019y sont quelquefois pos\u00e9s. \u00c0 propos de ces derniers, je ne formulerai pas un jugement impartial. Je porte sans doute sur eux le m\u00eame regard que les Romains si, au sortir de leurs temples, ils s\u2019\u00e9taient confront\u00e9s \u00e0 nos cath\u00e9drales romanes ou gothiques.<br \/>\n\tToi qui connais mieux que moi Saint-Philibert-de-Tournus, parle m\u2019en, ma Guigone, afin de p\u00e9n\u00e9trer de l\u2019int\u00e9rieur la beaut\u00e9 de notre terre et le caract\u00e8re de son peuple.<\/p>\n<p>\tJe suis impatiente de sonder gr\u00e2ce \u00e0 toi d\u2019autres facettes de ma r\u00e9gion.<br \/>\n\t\t\t                                  Toute \u00e0 toi<br \/>\n                                                                      Ermentrude<\/p>\n<p>\tP.S. : Les Girondins logent \u00e0 Chalon-sur-Sa\u00f4ne dans une auberge peu recommandable. Baptiser une hostellerie \u00ab Les Baladins \u00bb manque de dignit\u00e9. Les danseurs, les bouffons de com\u00e9dies, les artistes ambulants n\u2019ont gu\u00e8re bonne presse chez nous. D\u2019autre part, au lieu de savourer les d\u00e9lices de notre gastronomie, ils mangent dans des gargotes. Je ne vois pas ce que l\u2019on peut trouver de bon dans des lieux qui r\u00e9pondent \u00e0 des noms aussi barbares que \u00ab Cafeteria de Casino \u00bb ou \u00ab Courte-Paille \u00bb. L\u00e0 encore, l\u2019id\u00e9e de la beaut\u00e9 f\u00e9minine se diff\u00e9rencie de la n\u00f4tre. Escargots \u00e0 la bourguignonne, b\u0153uf du m\u00eame nom, \u00e9poisses, n\u2019affinent pas forc\u00e9ment la taille. Nous, nous appr\u00e9cions les femmes culinaires et poitrinaires, or, au XXI\u00e8me si\u00e8cle, les ectoplasmes sont \u00e0 la mode. Gis\u00e8le le sait. Elle a travaill\u00e9 dans un h\u00f4pital de Bordeaux \u00e0 faire \u00e9crire des anorexiques, des femmes qui se jugeaient toujours trop grosses alors que leurs bras ressemblaient plut\u00f4t \u00e0 de petites et s\u00e8ches branches d\u2019arbres.<\/p>\n<p>IV<\/p>\n<p>                                             Le 9 juillet 2010<\/p>\n<p>\u00c0 mon amie Ermentrude,<\/p>\n<p>\tSi je n\u2019\u00e9tais pas p\u00e9trifi\u00e9e en gisante, le froid hi\u00e9mal de la saison me paralyserait de la m\u00eame fa\u00e7on. D\u2019aucuns parlent de transformation du champ magn\u00e9tique terrestre et du basculement des p\u00f4les. Ce sont des personnages qui se disent savants, qui pensent tout expliquer. Toujours est-il qu\u2019autour de moi j\u2019ai entendu des badauds parler de solstice d\u2019hiver &#8211;  et l\u2019on approchait du 21 juin. Notre sainte m\u00e8re l\u2019\u00c9glise tend plut\u00f4t \u00e0 expulser du calendrier saint Mamert, saint Pancrace, saint Servais, saint Urbain. Ils sentent trop la superstition pa\u00efenne. Aussi a-t-elle remplac\u00e9 ces braves saints par d\u2019autres. Estelle, Achille et Rolande n\u2019\u00e9taient en rien li\u00e9s aux croyances populaires. Mais quoiqu\u2019on fasse, les \u00eatres humains gardent enfoui un fond de superstition. Nos pr\u00e9cepteurs ne nous ont-ils pas enseign\u00e9 que les bons vieux Romains priaient les dieux P\u00e9nates ? Souvenir des \u00e9poques de disette qu\u2019ils conjuraient gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019appui de ces divinit\u00e9s du garde-manger. En 2010, on dirait plut\u00f4t saint Frigidaire. En tous cas, toutes ces bonnes gens claquent des dents, s\u2019emmitouflent dans leurs v\u00eatements. Ils ne pr\u00e9voyaient pas que la Bourgogne jouirait d\u2019un climat si peu temp\u00e9r\u00e9.<br \/>\n\tMais qu\u2019appelle-t-on la Bourgogne ? Elle en regroupe des r\u00e9gions. Pas autant que la vaste Aquitaine, mais presque. L\u2019Yonne, la C\u00f4te d\u2019Or, la Ni\u00e8vre et la Sa\u00f4ne et Loire. Moyenne montagne et plaine ont forg\u00e9 des populations au caract\u00e8re diff\u00e9rent. Depuis le bon vivant dont le beaujolais nouveau descend dans la gorge en petites culottes de velours au grave \u00e9leveur de b\u00e9tail, soucieux d\u2019engraisser le bon b\u0153uf de Charolais. Cependant, en dissertant ainsi, je m\u2019\u00e9gare. Tu me comprends certainement. \u00c0 force de rester pendant des si\u00e8cles sous de pesantes pierres, on est bien seul et la communication s\u2019av\u00e8re difficile. Alors, d\u00e8s que l\u2019occasion nous est offerte\u2026Et puis un calomnieux proverbe biblique n\u2019\u00e9nonce-t-il pas qu\u2019une femme bavarde est comme une goutti\u00e8re perc\u00e9e ? Pour une fois, je ne le fais pas mentir.<br \/>\n\tRevenons donc \u00e0 Saint-Philibert-de-Tournus. Tu me questionnes \u00e0 ce propos dans ta lettre. Philibert \u00e9tait un noble aquitain. Il vivait au VII\u00e8me si\u00e8cle \u00e0 la cour du roi Dagobert. Je te vois sourire. Il s\u2019agit bien du monarque a priori un peu perturb\u00e9 au point de mettre sa culotte \u00e0 l\u2019envers. Par bonheur, son conseilleur, le sage \u00c9loi, l\u2019avertissait de ses b\u00e9vues. En r\u00e9alit\u00e9, Dagobert 1er fut un grand roi et la chanson fut \u00e9crite plus de mille ans apr\u00e8s sa mort, pendant la r\u00e9volution fran\u00e7aise. Quant \u00e0 Philibert, la vie s\u00e9culi\u00e8re le rebutait. Il entra donc dans les ordres et fonda des abbayes dont celle de Noirmoutier o\u00f9 il mourut en 685. Canonis\u00e9 apr\u00e8s sa disparition, il attira les foules. Elles venaient se recueillir sur la d\u00e9pouille du saint. La communaut\u00e9 qu\u2019il avait fond\u00e9e affronta bien des p\u00e9r\u00e9grinations. Invasions normandes pendant lesquelles les moines s\u2019enfuirent. Enfin, ils r\u00e9ussirent \u00e0 obtenir du roi Charles le Chauve une terre en Bourgogne. Ainsi fond\u00e8rent-ils le monast\u00e8re de Tournus. La faute \u00e0 pas de chance ! En 1007, \u00e9glise et monast\u00e8re br\u00fbl\u00e8rent. On reconstruisit, bien s\u00fbr. Bandes lombardes \u00e0 l\u2019honneur, car l\u2019abb\u00e9 Wago \u00e9tait un ami de Guillaume de Volpiano &#8211; un nom bien italien &#8211;  abb\u00e9 de Saint-B\u00e9nigne de Dijon. Une fois encore nous n\u2019\u00e9chappons pas \u00e0 l\u2019Italie. M\u00eame si l\u2019architecture est tr\u00e8s massive &#8211; on craignait l\u2019effondrement des murs si l\u2019on pratiquait trop d\u2019ouvertures, pour la premi\u00e8re fois l\u2019on s\u2019essaya \u00e0 repr\u00e9senter des figures humaines. Certes, le mal effrayait mais\u2026on se plaisait \u00e0 l\u2019illustrer avec une certaine malice. Un personnage montre les dents\u2026 Tous \u00e9taient mis au parfum. Il \u00e9tait du c\u00f4t\u00e9 du mal. Il tenait un miroir. Il constatait sa d\u00e9ch\u00e9ance pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Si de sa bouche ouverte partaient deux petits dragons, on le pourfendait comme un calomniateur.<br \/>\n\tSaint-Philibert s\u2019illustre aussi par son \u00e9ventail liturgique le flabellum plac\u00e9, lors des c\u00e9r\u00e9monies, comme un dais au-dessus de la t\u00eate de l\u2019\u00e9v\u00eaque. Un orgue enchante les oreilles des paroissiens. Les soufflets n\u2019ont pu qu\u2019impressionner les visiteurs aquitains \u00e0 leur arriv\u00e9e dans la chapelle Saint-Michel, au premier \u00e9tage. Beaucoup ont d\u00fb reconna\u00eetre le narthex sans vraiment savoir le r\u00f4le de cet emplacement. Tu me r\u00e9pondras que s\u2019y tenaient les bapt\u00eames et les c\u00e9r\u00e9monies fun\u00e9raires. Ainsi devine-t-on qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un espace d\u2019attente pour les \u00e2mes p\u00e8cheresses. Une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 \u00e0  Tournus. Le peintre Greuze. \u00c7a ne te dit rien ? Il nous a laiss\u00e9 des sc\u00e8nes larmoyantes, moralisatrices. Pour d\u00e9crire des regards tristes on parle \u00ab d\u2019yeux \u00e0 la Greuze \u00bb, tant leur courbure sur les tableaux descendait vers le sol.<br \/>\n\tSur ma lanc\u00e9e je ferai un petit excursus sur Saulieu. En g\u00e9n\u00e9ral, les amoureux d\u2019art roman s\u2019y rendent. Ce n\u2019est pas tant la basilique elle-m\u00eame qui se remarque. De l\u2019\u00e9glise \u00e9rig\u00e9e par \u00c9tienne de Bag\u00e9 dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XII\u00e8me si\u00e8cle, peu de vestiges subsistent. Des reconstitutions au XVIII\u00e8me si\u00e8cle et de la patte de Viollet-le-Duc au XIX\u00e8me si\u00e8cle ont plut\u00f4t enlaidi le monument. Par bonheur, dans la nef, d\u2019origine elle, cinquante quatre chapiteaux enthousiasment les visiteurs et r\u00e9confortent saints Andoche, Thyrse et F\u00e9lix venus d\u2019Orient \u00e9vang\u00e9liser la r\u00e9gion et comme de bien entendu martyris\u00e9s en r\u00e9compense. Andoche a pris le pas sur les deux autres en donnant son nom \u00e0 la basilique. Des sc\u00e8nes bibliques se retrouvent. La fuite en \u00c9gypte sur un \u00e2ne\u2026\u00e0 roulettes. Les yeux des personnages \u00e9taient travaill\u00e9s au tr\u00e9pan. Cette technique donnait plus d\u2019intensit\u00e9 \u00e0 la sculpture. Judas, apr\u00e8s sa pendaison, d\u00e9roule une langue d\u2019une longueur impressionnante. Histoire de terrifier les S\u00e9d\u00e9lociens mauvais catholiques ! Des griffons face \u00e0 face insistent sur l\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u00e9glise. La nature n\u2019a pas manqu\u00e9 d\u2019inspirer les artistes. Des motifs v\u00e9g\u00e9taux compl\u00e8tent le d\u00e9cor des chapiteaux.<br \/>\n\tVoil\u00e0, ma ch\u00e8re amie, pour quelque temps je vais sombrer dans mon sommeil de pierres, jusqu\u2019\u00e0 ce que des nouvelles de toi me r\u00e9chauffent un peu et ce, j\u2019esp\u00e8re, promptement.<br \/>\n\t                                               Avec ma tendresse<br \/>\n                                                           Guigone<\/p>\n<p>V<\/p>\n<p>                                                                 Le 14 juillet 2010<\/p>\n<p>Ma Guigone,<\/p>\n<p>\tApr\u00e8s l\u2019habituel retour du pigeon, je prends la plume en un jour o\u00f9 les Francs d\u00e9filent. Tu n\u2019ignores pas qu\u2019ils comm\u00e9morent la prise de la Bastille, symbole de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. La monarchie absolue y a \u00e9t\u00e9 d\u00e9chue. Il faut le dire vite, car au XXI\u00e8me si\u00e8cle, ce n\u2019est pas un monarque absolu qui r\u00e8gne, mais des dizaines et peut-\u00eatre plus. Quel progr\u00e8s, n\u2019est-ce pas, en deux bons si\u00e8cles ! Non seulement les hommes politiques s\u2019\u00e9rigent en souverains, mais aussi tous les quidams possibles. Un trader s\u2019arroge des commissions \u00e0 tomber \u00e0 la renverse &#8211; si nous ne l\u2019\u00e9tions d\u00e9j\u00e0. Un footballeur gagne des sommes qui, \u00e0 32 ans, le mettent \u00e0 l\u2019abri pour le restant de ses jours. Tu me diras que taper dans une balle nuit moins qu\u2019un combat de gladiateurs ou une joute. Un patron d\u2019entreprise empoche des bonus quelquefois sup\u00e9rieurs \u00e0 son salaire. Si les \u00eatres humains ne se modifient pas de l\u2019int\u00e9rieur, je ne crois pas qu\u2019une pression externe c\u2019est-\u00e0-dire une loi, parvienne \u00e0 les changer.<br \/>\n\tMais je deviens atrabilaire. Je me calme en te racontant l\u2019incursion de nos amis aux hospices de Beaune. Le circuit roman, pour la circonstance, se transforme en p\u00e9riple gothique. La toiture sur la face ext\u00e9rieure est tiss\u00e9e d\u2019ardoises. Elles habillent toit, fen\u00eatres et fl\u00e8ches. Dans la cour int\u00e9rieure, des toits aux tuiles polychromes raniment les voyageurs dont le cerveau est a\u00e9r\u00e9 par un vent glacial. Un must du modernisme. Le guide a distribu\u00e9 \u00e0 ses ouailles des \u00e9couteurs qui le relient \u00e0 lui. Il ne s\u2019\u00e9gosille pas et tous entendent ses propos. Notre belle Bourgogne s\u2019\u00e9tend beaucoup au XV\u00e8me si\u00e8cle. Elle s\u2019enrichit des Flandres, des Pays Bas, de la Suisse et d\u2019une langue de terre qui se prolonge jusqu\u2019en Allemagne. Philippe le Bon, le duc, est tr\u00e8s puissant. Il a pour chancelier un d\u00e9nomm\u00e9 Rolin, mari\u00e9e en troisi\u00e8mes noces avec sa bien-aim\u00e9e, Guigone de Salins. Elle porte le m\u00eame pr\u00e9nom que toi, mais je ne me souviens pas  que tu aies autant \u00e9t\u00e9 ch\u00e9rie que cette belle dame, \u00ab l\u2019\u00e9toile de sa vie \u00bb.<br \/>\n\t\u00c0 l\u2019\u00e9poque, 88%de la population de Beaune survit tant bien que mal dans la mis\u00e8re. Le chancelier et sa femme d\u00e9cident de cr\u00e9er un hospice pou les \u00ab p\u00f4vres \u00bb, un acte qui les am\u00e8ne directement au paradis. Ils dotent l\u2019h\u00f4tel-Dieu de ressources, notamment de cinq hectares de vignes. Au cours des si\u00e8cles, le domaine s\u2019est \u00e9toff\u00e9. Il couvre d\u00e9sormais 61ha. En 2009, la vente aux ench\u00e8res de la cuv\u00e9e a rapport\u00e9 5 millions d\u2019euros dont b\u00e9n\u00e9ficie l\u2019h\u00f4pital moderne. Il peut acheter des outils performants.<br \/>\n\tIls gelaient les \u00ab p\u00f4vres \u00bb dans leur grande salle, que ce soit pendant la p\u00e9riode des saints de glace ou \u00e0 d\u2019autres moments frais.  Difficiles \u00e0 r\u00e9chauffer, les cinquante m\u00e8tres de long, 14 m de large, 16m de haut ! Dans les lits aux lourds rideaux rouge vif et dans le couvre-lit de m\u00eame couleur, deux personnes se recroquevillaient, tentant par ailleurs de se d\u00e9tendre quelque peu gr\u00e2ce \u00e0 la bouillote en \u00e9tain.<br \/>\n\tDes s\u0153urs hospitali\u00e8res dont l\u2019ordre avait \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 par le chancelier veillaient scrupuleusement sur les malades. La Grande Vadrouille de G\u00e9rard Oury montre Sir R\u00e9ginald, un Anglais qui s\u2019est calfeutr\u00e9 dans l\u2019un des ces lits. Une s\u0153ur perspicace,  m\u00e8re sup\u00e9rieure et m\u00e9decin, l\u2019ausculte et appuie fortement sur son foie. Il sursaute.<br \/>\n&#8211;\tJe vous fais mal ? C\u2019est le foie ! Vous aimez bien tout ce qui est bon ?<br \/>\n(Il sourit)<br \/>\n&#8211;     C\u2019est tr\u00e8s mauvais !<br \/>\n \tApr\u00e8s avoir ironis\u00e9 sur ce sectateur de la dive bouteille, quand la s\u0153ur Marie-Odile arrive, la m\u00e8re sup\u00e9rieure re\u00e7oit les informations utiles. Elle ordonne un changement d\u2019air indispensable pour l\u2019am\u00e9lioration de l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 du pauvre Anglais. En fait, le s\u0153ur Marie-Odile l\u2019aidera pour son passage en zone libre.<br \/>\n\tLa salle logeait soixante personnes. Le reste de l\u2019hospice en recevait deux cents. Sans limites, le d\u00e9vouement des religieuses. On ne laissait pas un malade \u00e0 la rue. Si la place manquait, elles cherchaient d\u2019autres structures. Mille personnes pouvaient \u00eatre ainsi soign\u00e9es. La vision de l\u2019enfer hantait les malades car des portes \u00e0 mi-hauteur de la salle sont mang\u00e9es par des dragons, des monstres. Pas question de rassurer les patients ! D\u2019autant que dans la chapelle le polyptyque de Rogier van der Weyden repr\u00e9sentait le jugement dernier. Obligation de prier pour le salut de l\u2019\u00e2me.<br \/>\n\tLa salle Saint-Nicolas accueillait les \u00ab P\u00f4vres malades en danger de mort \u00bb. Elle avait \u00e9t\u00e9 construite au-dessus de la Bouzaise, la rivi\u00e8re o\u00f9 l\u2019on jetait d\u00e9tritus et pansements. La vaste cuisine naturellement impressionne, mais l\u2019une des pi\u00e8ces les plus remarquables est la pharmacie. Des produits dans d\u2019innombrables pots gu\u00e9rissent de tous les maux. Des troubles digestifs, vous avaliez du geni\u00e8vre ; une morsure de serpent, une th\u00e9riaque avec beaucoup d\u2019opium op\u00e9rait des miracles. Vous souffriez d\u2019un affreux mal  de gorge, de la limace rouge vivante vous gu\u00e9rissait \u00e0 coup s\u00fbr. Panne sexuelle : de la poudre de coton, aphrodisiaque \u00e0 forte dose d\u00e9cuplait le d\u00e9sir. Quant \u00e0 la poudre de cloportes, aux yeux d\u2019\u00e9crevisse, \u00e0 la poudre de noix vomique, on ne vantera jamais assez leur efficacit\u00e9.<br \/>\n\tAstucieux, ces gens du XX\u00e8me si\u00e8cle tout de m\u00eame et particuli\u00e8rement les Beaunois ! Une loupe qui grossit trente et une fois. Bien qu\u2019ils n\u2019eussent pas cette vision grossissante, les malades, \u00e0 la vue des damn\u00e9s effray\u00e9s et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s au bas des panneaux, \u00e0 la Gauche du Christ se construisaient assur\u00e9ment un regard sur la mort pas vraiment apais\u00e9. In\u00e9vitables ensuite les terreurs de tout un  chacun  concernant l\u2019Au-del\u00e0. Je me demande m\u00eame si les vieux qui s\u00e9journent dans la maison de retraite contigu\u00eb \u00e0 l\u2019espace visit\u00e9 n\u2019en cauchemardent pas la nuit. Un d\u00e9cor magnifique pourtant. Il permettait aux fondateurs de s\u2019\u00e9lever, mais le passage dans ces lieux ne devait gu\u00e8re \u00eatre attractif. \u00c0 l\u2019agonie, les moribonds tremblaient de froid et surtout de peur. Voil\u00e0 comment l\u2019\u00c9glise vous tenait sous sa coupe. Le r\u00e9gime de la Terreur pendant des si\u00e8cles.<br \/>\n\tJe m\u2019arr\u00eate l\u00e0, ma Guigone, car la col\u00e8re me saisit. Je ne souhaite pas que mon gisant r\u00e9v\u00e8le un faci\u00e8s grima\u00e7ant.<br \/>\n                                                                    \u00c0 bient\u00f4t de te lire.<br \/>\n                                                                     Ton Ermentrude<\/p>\n<p>VI<\/p>\n<p>                                                      Le 21 Juillet 2010<\/p>\n<p>                                                                Ma gente  amie,<\/p>\n<p>\tJe comprends ton ire contre l\u2019\u00c9glise, mais les m\u00e9faits des hommes ne doivent pas pour autant nous faire oublier notre foi en Dieu. Certes, plus tard, l\u2019Inquisition, les conversions forc\u00e9es dans les Am\u00e9riques d\u00e9tourneront de nobles c\u0153urs du catholicisme. Je ne crois pas que Science Chr\u00e9tienne, T\u00e9moins de J\u00e9hovah, \u00c9glise de J\u00e9sus-Christ des Saints des Derniers Jours  brillent par leur tol\u00e9rance et leur modernisme.<br \/>\n\tComme moi, tu n\u2019ignores pas que c\u2019est soi-m\u00eame qu\u2019il faut changer avant de tenter de refaire le monde. Je reconnais qu\u2019au Moyen \u00c2ge et apr\u00e8s, les pr\u00e9lats ont pass\u00e9 aux artistes commande de sc\u00e8nes tir\u00e9es de l\u2019Ancien et du Nouveau Testaments. Toujours rien de nouveau sous le soleil. En \u00c9gypte, dans les repr\u00e9sentations artistiques, le panth\u00e9on \u00e9tait \u00e0 l\u2019honneur, en Gr\u00e8ce, m\u00eame topo. Devant le peuple analphab\u00e8te, fondamental que le mythe se d\u00e9roule, quelquefois sous l\u2019aspect d\u2019une sorte de bande dessin\u00e9e. Le christianisme est centr\u00e9 autour du h\u00e9ros J\u00e9sus-Christ. Autour de moi, j\u2019entends d\u00e9j\u00e0 hurler \u00e0 l\u2019h\u00e9r\u00e9sie. Quoi ! Comparer J\u00e9sus-Christ \u00e0 H\u00e9racl\u00e8s, Achille, Osiris ? Si je ne gisais pas \u00e0 cinq pieds sous terre, je serais br\u00fbl\u00e9e en place de gr\u00e8ve comme h\u00e9r\u00e9tique.<br \/>\n\tToutes ces consid\u00e9rations te rass\u00e9r\u00e8nent-elles, ma gente amie et puis-je passer \u00e0 la suite de mon r\u00e9cit ? Comme toi, d\u00e9sormais, j\u2019accompagne en esprit nos Aquitains. Notre belle Bourgogne &#8211; ils l\u2019ont r\u00e9alis\u00e9 &#8211; n\u2019a rien \u00e0 envier \u00e0 leur Aquitaine. Des membres du comit\u00e9 de jumelage Italie dont Gis\u00e8le s\u2019\u00e9garent sur des routes \u00e9trang\u00e8res. Ils oublient la diversit\u00e9 de la France. Les monuments italiens, il est vrai, rient davantage sous le soleil, \u00e9clatent de fioritures. Les \u00e9difices fran\u00e7ais se haussent de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9. Tr\u00e8s compl\u00e9mentaires, les deux conceptions de l\u2019art. Dommage que la nature primesauti\u00e8re de Gis\u00e8le privil\u00e9gie plut\u00f4t l\u2019exub\u00e9rance italienne. Elle est n\u00e9e \u00e0 Nice dans une r\u00e9gion frontali\u00e8re, occup\u00e9e pendant longtemps par les habitants de la botte. Mais arr\u00eatons de tourner autour du pot. Suivons nos visiteurs \u00e0 Augustodunum, traduit par Autun. Deux guides locales sont pressenties. Le groupe, en effet, est dense, quarante personnes. Pendant que la moiti\u00e9 part vers le mus\u00e9e Rolin, l\u2019autre d\u00e9marre par l\u2019\u00e9glise saint Lazare. Tr\u00e8s vite, achoppement entre Anne, pourtant tr\u00e8s diplomate, et la guide. Cette derni\u00e8re ne supporte pas que l\u2019on marche sur ses bris\u00e9es. Impensable qu\u2019une arch\u00e9ologue sp\u00e9cialiste des fouilles de l\u2019\u00e9poque gallo-romaine, qui s\u00e9vit \u00e0 Bibracte, d\u2019apr\u00e8s ses dires le plus grand chantier arch\u00e9ologique europ\u00e9en, soit accompagn\u00e9e par une jeune historienne de l\u2019art. D\u2019un ton sec, elle prie Anne de rester \u00e0 sa place. Aussi sympathique qu\u2019un bouledogue montrant ses crocs, la dadame.<br \/>\n\tNos touristes gel\u00e9s r\u00e9sistent sto\u00efquement au vent p\u00e9n\u00e9trant qui les transit encore plus. Le jeu en vaut la chandelle. Le tympan, \u0153uvre de Gislebertus montre le jugement dernier autour du grand Christ en majest\u00e9 dans sa mandorle soutenue par quatre anges. Plusieurs inscriptions latines dont l\u2019une traduite par \u00ab  Seul, je dispose toute chose, seul je couronne le m\u00e9rite. \u00bb Les figures tr\u00e8s \u00e9lanc\u00e9es du tympan ont choqu\u00e9 nos contemporains. Dans les miniatures les hommes tr\u00e8s grands repr\u00e9sentent les seigneurs et les hommes plus petits figurent les serfs, dans la sculpture, l\u2019artiste par la diff\u00e9rence de taille distingue les ap\u00f4tres des p\u00eacheurs. Sur cette \u0153uvre magnifique, \u00e9clatant hommage \u00e0 Dieu, sont montr\u00e9s neuf ap\u00f4tres dont saint Pierre et sa clef. Plus haut, la Vierge est assise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un ange, \u00e0 gauche, les \u00e9lus entrent dans la J\u00e9rusalem C\u00e9leste. \u00c0 droite, l\u2019enfer des damn\u00e9s dont beaucoup de femmes, dissuade les vivants de commettre le moindre p\u00e9ch\u00e9. Les \u00e2mes sont pes\u00e9es par saint Michel et Satan. Sont aussi sculpt\u00e9s saint Jean, saint Jacques, le L\u00e9viathan, sorte d\u2019animal aquatique dot\u00e9 de pattes palm\u00e9es, et probablement \u00c9noch et \u00c9lie.<br \/>\n\tLa r\u00e9volution que tu \u00e9voquais dans ta pr\u00e9c\u00e9dente missive n\u2019a pas ab\u00eem\u00e9 le tympan car il a \u00e9t\u00e9 pl\u00e2tr\u00e9 jusqu\u2019au 1XVIII\u00e8me si\u00e8cle. Imagine un peu, les chanoines ne trouvaient pas l\u2019\u0153uvre \u00e0 leur go\u00fbt. La beaut\u00e9 de l\u2019art \u00e0 Autun rappelle que la ville christianis\u00e9e bien avant l\u2019\u00e9dit de Constantin  s\u2019est appliqu\u00e9e \u00e0 mettre \u00e0 l\u2019honneur le message catholique. Dans le mus\u00e9e Rolin, des chefs d\u2019\u0153uvre dont une \u00c8ve tent\u00e9e par le serpent. Sa main droite semble ignorer ce que fait sa main gauche. Qu\u2019elle est belle notre bonne m\u00e8re ! Au point d\u2019\u00eatre mitraill\u00e9e par toutes ces petites bo\u00eetes que tiennent en main nos touristes. Aussit\u00f4t surgit une surveillante patent\u00e9e. Elle exige de montrer patte blanche, c\u2019est-\u00e0-dire le ticket qui autorise \u00e0 photographier &#8211; tel est le vocable &#8211; le haut-relief. Certains promettent de r\u00e9gulariser \u00e0 la fin du parcours. La fonctionnaire z\u00e9l\u00e9e grommelle : \u00ab  personne ne respecte cette parole. \u00bb La guide irascible avec Anne apaise cependant la situation. Gis\u00e8le s\u2019extasie devant l\u2019astuce des artistes. Une vierge de voyage s\u2019ouvre. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur appara\u00eet le Christ. \u00c9blouissante, Marie-Madeleine avec ses onguents. Des fen\u00eatres du mus\u00e9e on aper\u00e7oit un b\u00e2timent circulaire. Prison pendant un si\u00e8cle jusqu\u2019en 1954, il agrandira bient\u00f4t le mus\u00e9e. Pratique, la forme arrondie, pour la surveillance des cellules. Cependant \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 du changement, ses murs s\u2019\u00e9claircissent de contentement.<br \/>\n\tNos Saint-M\u00e9dardais quittent leur refuge artistique. Une bise aigre les transperce. Jocelyne regrette de n\u2019avoir endoss\u00e9 qu\u2019un imperm\u00e9able et non une doudoune fourr\u00e9e. Elle n\u2019est pas la seule en ce cas. D\u2019ailleurs des gens du cru ont rev\u00eatu manteaux et pardessus de drap \u00e9pais et prot\u00e8gent leur chef avec bonnets et chapeaux.<br \/>\n\tJe ne voudrais pas, ma gente amie, que les voyageurs gardent une pi\u00e8tre souvenance de leur s\u00e9jour chez nous. Ce climat d\u00e9testable a sans doute aussi s\u00e9vi \u00e0 Bordeaux appel\u00e9 un temps \u00ab le pot de chambre de la France \u00bb.<br \/>\n                                                            Avec ma tendresse<br \/>\n                                                            Guigone<\/p>\n<p>VII<\/p>\n<p>                                       Le 28 juillet 2010<\/p>\n<p>Ma tendre Guigone,<\/p>\n<p>\tAvec toutes les all\u00e9es et venues de nos h\u00f4tes, je n\u2019ai pas eu la membrance  de te demander des nouvelles de nos amis communs Euleth\u00e8re, Memmol, Scholastique, Gaillardine, Witasse. J\u2019ai su qu\u2019Edelburge \u00e9tait morte en couches apr\u00e8s avoir mis au monde un beau gar\u00e7on. La pauvrette ! Les m\u00e9decins ont choisi de sauver l\u2019enfant plut\u00f4t que la m\u00e8re. Quel raisonnement imb\u00e9cile ! Notre amie aurait pu avoir d\u2019autres bambins. Au lieu de cela est rest\u00e9 un petit orphelin plus ou moins bien soign\u00e9 par une nourrice. Son p\u00e8re est parti guerroyer en croisade. \u00c0 son retour, il s\u2019est remari\u00e9 avec une femme riche et s\u00e8che. Elle ha\u00efssait cet enfant qui h\u00e9riterait du titre familial, l\u00e9sant son \u00e9ventuelle prog\u00e9niture. Tous les charmes, sortil\u00e8ges, filtres destin\u00e9s \u00e0 la rendre f\u00e9conde ont avort\u00e9. \u00c0 l\u2019heure actuelle, l\u2019on essaierait moult f\u00e9condations in vitro. Elles aboutissent parfois \u00e0 des naissances g\u00e9mellaires. J\u2019aurais mal vu dame Gudule se d\u00e9patouiller avec deux b\u00e9b\u00e9s. Aride elle est n\u00e9e, aride elle est rest\u00e9e. Elle se vengeait sur le gar\u00e7on des incartades de son mari, tr\u00e8s virulent. Ses b\u00e2tards ne se comptaient plus. Tel Don Juan, plus tard, il frayait avec les femmes de toutes conditions. Sa moiti\u00e9 ne d\u00e9col\u00e9rait pas. Elle \u00e9tait devenue une punaise de sacristie et gr\u00e2ce \u00e0 ses deniers s\u2019achetait une bonne conscience. Quand ils \u00e9taient mis au monde par des femmes de souche modeste, elle emp\u00eachait que les enfants adult\u00e9rins ne soient baptis\u00e9s. Une situation gravissime pour l\u2019\u00e9poque. Les malheureux \u00e9taient mis au banc de la soci\u00e9t\u00e9. Pour la plus grande joie de tous, Gudule n\u2019a pas fait de vieux os.<br \/>\n\tLe comte de Gouberville s\u2019est mari\u00e9 une troisi\u00e8me fois. Neuf rejetons sont n\u00e9s, cinq sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9s. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, la mortalit\u00e9 infantile \u00e9tait courante. Les conditions d\u2019hygi\u00e8ne laissaient fort \u00e0 d\u00e9sirer, n\u2019est-ce pas ? Les femmes enfantaient sans discontinuer. Une Ali\u00e9nor d\u2019Aquitaine eut de son Henri Plantagenet de mari neuf enfants en treize ans, ce qui ne l\u2019emp\u00eacha pas de vivre jusqu\u2019\u00e0 quatre-vingt deux ans. Un \u00e2ge canonique pour l\u2019\u00e9poque ! Quelle sant\u00e9 !<br \/>\n\tBon, je vais sauter du coq \u00e0 l\u2019\u00e2ne. O\u00f9 en sont les Girondins ? Ah oui ! \u00c0 Cluny. Sur la porte, pr\u00e8s de la billetterie, une affichette pr\u00e9vient les passionn\u00e9s qui d\u00e9sirent passer dans tous les coins de l\u2019abbaye que ce n\u2019est pas possible. Des chantiers partout. Les b\u00e2timents rajeunissent car l\u2019on f\u00eate le 1100\u00e8me anniversaire de la fondation de ce c\u00e9l\u00e8bre \u00e9difice. Un petit clin d\u2019\u0153il au visiteur pr\u00e8s de ses sous et\/ou touch\u00e9 par la crise. Le billet d\u2019entr\u00e9e a vu baisser ses prix, car la visite sera limit\u00e9e. Si la correction r\u00e8gne de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, la guide, elle, affiche tout de suite la couleur. Dans la mesure o\u00f9 ses services sont appr\u00e9ci\u00e9s, qu\u2019on n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 lui donner un pourboire. Les bonnes gens n\u2019en croient pas leurs oreilles. D\u00e9mod\u00e9e la pratique du pourboire, surtout lorsque la personne est r\u00e9tribu\u00e9e.<br \/>\n\tSur le parvis de l\u2019\u00e9glise d\u00e9mantel\u00e9e \u00e0 la r\u00e9volution, le groupe a attentivement \u00e9cout\u00e9 les explications de l\u2019ind\u00e9licate personne. L\u2019abbaye serait n\u00e9e d\u2019un songe communiqu\u00e9 \u00e0 un moine, Gunzo, par saint Pierre et saint Paul. Apr\u00e8s tout, pourquoi pas ? Descartes dont les Fran\u00e7ais adopteront le sens de la r\u00e9alit\u00e9, du concret, a \u00e9crit son Discours de la M\u00e9thode sous l\u2019impulsion \u2026d\u2019un songe. Si ce peuple rationaliste savait cela, sans doute il ne se targuerait pas de ne fonctionner qu\u2019avec l\u2019esprit cart\u00e9sien. \u00c7a fait d\u00e9sordre, tout de m\u00eame ! La pagaille, les r\u00e9volutionnaires l\u2019ont mise &#8211; eh oui, encore eux ! Ils ont pris, br\u00fbl\u00e9 les charpentes et ont an\u00e9anti l\u2019\u00e9tanch\u00e9it\u00e9 du monument. Il a \u00e9t\u00e9 vendu aux ench\u00e8res \u00e0 des marchands de biens. Une fois de plus, les gens se sont servis. Les nombreuses maisons aux alentours ont emprunt\u00e9 des pierres. Les haras nationaux ont investi une partie des lieux. Une \u00e9cole, celle des Gadzarts, des ing\u00e9nieurs des Arts et M\u00e9tiers en 1866 s\u2019est install\u00e9e dans ces locaux. Au moment de son apog\u00e9e, Cluny comptait mille personnes avec les fr\u00e8res lais et ceux qui participaient \u00e0 la maintenance. Tout ce petit monde ne d\u00e9pendait que du Pape. Donc, pas de possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre convoit\u00e9e par les grands seigneurs.<br \/>\n\tCluny est arriv\u00e9 au bon moment. Aux approches de l\u2019an mille, notre pays, tu t\u2019en souviens, \u00e9tait tr\u00e8s troubl\u00e9. Les Viking, les Barbares l\u2019avaient envahi. Une terreur de fin du monde avait emprisonn\u00e9 les \u00e2mes. Les abb\u00e9s &#8211; et l\u2019on en compte d\u2019exceptionnels qui v\u00e9curent<br \/>\n\u00e0 un \u00e2ge avanc\u00e9 \u00e9taient sollicit\u00e9s pour le salut de l\u2019\u00e2me. Les moines s\u2019y consacraient douze ou quatorze heures par jour car la r\u00e8gle b\u00e9n\u00e9dictine avait \u00e9t\u00e9 ici am\u00e9nag\u00e9e. Il ne s\u2019agissait pas, comme \u00e0 Citeaux de travailler et de prier. Le travail \u00e9tait confi\u00e9 aux fr\u00e8res convers. Les dons pleuvaient. Ils en ont \u00e0 se faire pardonner, les \u00eatres humains ! \u00c9videmment on voyait grand dans la construction. L\u2019\u00e9glise fut celle de tous les records. La premi\u00e8re, elle utilise l\u2019arc bris\u00e9, ce qui permettait une plus grande \u00e9l\u00e9vation. La fa\u00e7ade est du clo\u00eetre \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme un petit Versailles monastique d\u2019autant qu\u2019elle \u00e9tait prolong\u00e9e par 15ha de jardins. Une grosse affaire, Cluny ! De la maison m\u00e8re d\u00e9pendaient 1500 monast\u00e8res en Europe.<br \/>\n\tSaint Bernard se rebella contre cette vie opulente. Il revint \u00e0 la r\u00e8gle de saint Beno\u00eet \u00ab travail et pri\u00e8re \u00bb. Bernard de Clairvaux avait ancr\u00e9 en lui l\u2019asc\u00e9tisme. Il s\u2019est m\u00eame rendu malade \u00e0 force de manger des herbes am\u00e8res nuisibles \u00e0 la sant\u00e9. Il aurait forc\u00e9ment d\u00e9sapprouv\u00e9 les agapes de nos Girondins dans le restaurant Le Bon Point \u00e0 Cluny. Assur\u00e9ment, le nom de l\u2019auberge devait plaire aux gens du groupe dont beaucoup \u00e9taient des retrait\u00e9s de l\u2019enseignement, encore que les bons points ne soient donn\u00e9s qu\u2019au d\u00e9but de l\u2019\u00e9cole primaire. Toujours est-il que le patron \u00e9tait un fin cuisinier. Des amuse-bouche avec le traditionnel kir. Le chanoine Kir, maire de Dijon avait d\u00e9couvert que le m\u00e9lange de vin blanc et cr\u00e8me de cassis constituait une d\u00e9licieuse alchimie dont il profita bien lui-m\u00eame. Souvent, une compensation au c\u00e9libat forc\u00e9, l\u2019alcool. Une petite salade l\u00e9g\u00e8re au ch\u00e8vre chaud suivait agr\u00e9ablement. Puis un d\u00e9licat soufflet de poisson et un sorbet au cassis en compagnie de poires cuites. Sympathique, l\u2019aubergiste ! Il avait vendu un restaurant o\u00f9 il employait neuf personnes. Une ruine ! L\u00e0, en raison de la baisse des charges, il gagnait mieux sa vie et ses clients profitaient de son exp\u00e9rience. Apr\u00e8s ce succulent d\u00e9jeuner, tous avaient plut\u00f4t envie de roupiller plut\u00f4t que de s\u2019impr\u00e9gner une derni\u00e8re fois de culture romane \u00e0 Berz\u00e9 la Ville. Mais l\u2019adroite Anne s\u2019est empress\u00e9e de les cultiver. Pas question que les petites cellules grises se laissent aller. Plus on vieillit, plus on doit les activer. Une maladie inconnue \u00e0 notre \u00e9poque, Alzheimer, les guetterait et le meilleur moyen de l\u2019\u00e9viter c\u2019est de faire du pr\u00e9ventif  \u00e0 tout va.<\/p>\n<p>                                                                             Ta fid\u00e8le Ermentrude<\/p>\n<p>VIII<\/p>\n<p>                                                    Le 4 ao\u00fbt 2010<\/p>\n<p>Ma ch\u00e8re Ermentrude,<\/p>\n<p>\tAvec la visite \u00e0 la petite chapelle de Berz\u00e9-la-Ville, le circuit de nos voyageurs a pris fin. Comme chez les Romains, rares sont les vestiges de peinture dans l\u2019art roman. Ici pas de volcan protecteur comme \u00e0 Pomp\u00e9i, non, plus simplement un badigeon qui les a cach\u00e9es jusqu\u2019en 1887 et les a remarquablement conserv\u00e9es. Le cur\u00e9 les a retrouv\u00e9es sous l\u2019enduit. Il a d\u00fb \u00eatre \u00e9tonn\u00e9 par le style de l\u2019\u0153uvre, byzantin m\u00e2tin\u00e9 d\u2019italien et d\u2019ottonien. \u00c0 cette \u00e9poque, l\u2019Italie est influenc\u00e9e par l\u2019art byzantin. En effet, dans le chevet inf\u00e9rieur, des saints sont repr\u00e9sent\u00e9s en buste. Leur attitude hi\u00e9ratique et la draperie qui met en sc\u00e8ne leur apparition rappellent les repr\u00e9sentations de l\u2019art byzantin. Pr\u00e8s des fen\u00eatres, deux r\u00e9cits hagiographiques. Sont figur\u00e9es la vie et la mort de saint Blaise et de saint Vincent. Blaise avait intim\u00e9 \u00e0 un loup qui allait d\u00e9vorer le pourceau d\u2019une pauvre veuve de le lui rendre. Ce que la b\u00eate f\u00e9roce fit. Quand Blaise fut jet\u00e9 en prison, la veuve lui apporta du pain et la t\u00eate de l\u2019animal afin que le saint se nourrisse. Cinq vierges sages apparaissent \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019imp\u00e9ratrices byzantines. Le christ est install\u00e9 dans une mandorle. Autour de lui, le coll\u00e8ge apostolique. Judicieuses, ces repr\u00e9sentations. Elles insistent sur le rayonnement intellectuel, la puissance de Cluny car la chapelle \u00e9tait destin\u00e9e au recueillement d\u2019Hugues de Semur, le b\u00e2tisseur de Cluny III. En fait, il restera soixante ans abb\u00e9 de Cluny et ne passera que six \u00e0 sept fois \u00e0 Berz\u00e9. Peut-\u00eatre apr\u00e8s avoir failli \u00eatre tu\u00e9 par la foudre, a-t-il pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne remettre que de temps en temps les pieds dans ces lieux inhospitaliers ?<br \/>\n\tMa missive sera plus br\u00e8ve que d\u2019habitude car d\u00e9sormais nos h\u00f4tes retournent au XXI\u00e8me   si\u00e8cle et \u00e0 la bavarde dame de lettres pr\u00e9nomm\u00e9e Gis\u00e8le je laisse le soin de raconter la fin de l\u2019escapade de ces  drilles joyeux et cultiv\u00e9s.<\/p>\n<p>                                                                  \u00c0 toi pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9<br \/>\n                                                                      Guigone<\/p>\n<p>      *<br \/>\n                                                                    *            *<\/p>\n<p>                                                                                        Retour au 21 juin 2010<\/p>\n<p>\tLes saints de glace semblent avoir desserr\u00e9 leur poing. En cette journ\u00e9e de l\u2019\u00e9t\u00e9 et de la f\u00eate de la musique, nous revenons escort\u00e9s par le soleil. Un bouchon sur l\u2019autoroute. Le chauffeur s\u2019\u00e9chappe et, par le chemin des \u00e9coliers, nous conduit \u00e0 l\u2019a\u00e9roport. Cette fois-ci, Christine file tout de go vers l\u2019ascenseur. Ces messieurs reposeront leurs muscles un peu sollicit\u00e9s et aimablement pr\u00eat\u00e9s pendant le circuit. Pas \u00e9vident de pousser son v\u00e9hicule dans une c\u00f4te et surtout de le retenir dans une descente bien sentie !<br \/>\n\tEn raison des efficaces circonvolutions du chauffeur nous arrivons en avance. Pas de guichet sp\u00e9cial pour les groupes. Eux aussi doivent franchir le cap des bornes \u00e9lectroniques. M\u00eame \u00e0 plusieurs, cela prend du temps pour donner du grain \u00e0 moudre ou plut\u00f4t des num\u00e9ros aux machines. Enfin l\u2019exploit est accompli et les passagers affam\u00e9s de remplissent, qui \u00e0 l\u2019aide de sandwiches, qui avec du th\u00e9 et des g\u00e2teaux. Il vaut mieux tenir que courir. En effet, dans l\u2019avion ne sont servis que de mini en-cas sucr\u00e9s ou sal\u00e9s, au choix.<br \/>\n\tJe suis assise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019Anne et quand, \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e, le commandant sort de son antre, je ne peux que m\u2019amuser avec elle. Le prototype du bel officier. Aussi blond que Jude Law, grand, mince, bref celui que toutes les h\u00f4tesses de l\u2019air voudraient \u00e9pouser et que toutes les femmes s\u2019arracheraient. Est-ce pour nous faire oublier la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de la collation qu\u2019Air France nous rassasie la vue ?<br \/>\n\tApr\u00e8s l\u2019avoir admir\u00e9 au passage, en ce d\u00e9but de soir\u00e9e, nous nous dilatons sous les derniers rayons du soleil bordelais. Jo\u00eblle, la frileuse a abandonn\u00e9 quelques pelures. Saint Mamert and co ont moins s\u00e9vi ici. On a plut\u00f4t honor\u00e9 L\u00e9once, Romuald, les saints P\u00e8res m\u00e9ritants et l\u2019\u00e9ternel \u00c9t\u00e9 . Nous esp\u00e9rons que ce dernier chassera les ultimes sursauts de l\u2019hiver et offrira \u00e0 la nature et aux \u00eatres humains sa rayonnante \u00e9nergie.<\/p>\n<p>GIS\u00c8LE BEAUSSART<\/p>\n<p>3, ALL\u00c9E DES MARRONNIERS<\/p>\n<p>33160 SAINT-M\u00c9DARD-EN-JALLES<\/p>\n<p>T\u00c9L : 05 56 05 48 55<\/p>\n<p>e.mail : gimibober@free.fr<\/p>\n<p>blog : http : \/\/\u0153uvre.hautefort.com<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LES SAINTS DE GLACE RELATION D\u2019UN VOYAGE EN BOURGOGNE I Originaire du&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[],"class_list":["post-620","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-voyages"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/italiejumelage.saintmedardasso.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/620","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/italiejumelage.saintmedardasso.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/italiejumelage.saintmedardasso.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/italiejumelage.saintmedardasso.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/italiejumelage.saintmedardasso.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=620"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/italiejumelage.saintmedardasso.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/620\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":680,"href":"https:\/\/italiejumelage.saintmedardasso.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/620\/revisions\/680"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/italiejumelage.saintmedardasso.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=620"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/italiejumelage.saintmedardasso.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=620"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/italiejumelage.saintmedardasso.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=620"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}